Dans l’ édition du 19 novembre, nous mettions l’accent sur la nécessité d’inscrire tout projet numérique dans une perspective de développement du département concrétisée par des objectifs quantifiés et datés en terme d’augmentation de la population (100.000 habitants à échéance de 10/15 ans), les deux « piliers » du développement étant à nos yeux Qualité et Modernité . Le volet « qualité » mérite à lui seul une réflexion approfondie . Pour ce qui concerne la modernité, c’est à dire, pour l’essentiel, le désenclavement numérique de notre département traité dans cette rubrique , il faut, à mon point de vue, asseoir notre réflexion sur deux « réalités » : la « fracture culturelle » et la « fracture numérique ». La « fracture culturelle » peut être définie comme la « difficulté » non seulement à concevoir la Lozère numérique de demain mais encore à utiliser les outils qui nous sont proposés aujourd’hui ; culturellement , la Lozère n’est à l’évidence pas prête à entrer dans la nouvelle société de l’information : faiblesse des abonnements Adsl dans les localités qui ont la chance d’être « Adélisables » , « absence » de la plupart des personnes concernées, professionnels et élus, aux manifestations proposées : ateliers de réflexion sur le haut débit des Webs du Gévaudan à ST Chély d’Apcher en 2003 ,inauguration de POLEN le 18 novembre 2004 et, surtout, matinée de travail à POLEN le 19 novembre où , pour la 1ère fois depuis mars 2000 à Mende (visioconférence avec la cité des sciences) , Mende était reliée simultanément à Paris, Clermont Ferrand et Taiwan , avec des spécialistes de haut niveau ; les absents à cette dernière matinée ont eu tort car, s’ils étaient venus, ils auraient appris au moins deux choses : l’importance , pour les entreprises, de se familiariser dés aujourd’hui avec les usages de l’Internet et l’utilisation d’outils tels que la visioconférence et les outils de travail collaboratif et la nécessité de préparer dés maintenant les infrastructures numériques de demain à partir desquelles seront élaborées les offres des opérateurs tant il est vrai que , pour les experts, « c’est l’offre qui encourage la demande ». Sur ces deux points essentiels la « fracture » est évidente : résistance au changement dans le 1er cas, difficulté de raisonner à long terme dans le second . La « fracture numérique » est tout aussi réelle .En dépit d’efforts récents de déploiement (relatif) de l’Adsl , voire d’opérations ponctuelles de « wifisation » de communes non adélisables ou la création de POLEN, la Lozère est toujours « dernière de la classe » ! Pour surmonter cette faiblesse « congénitale » la Lozère doit se doter d’infrastructures à deux niveaux , chaque niveau correspondant à des objectifs différents : pour le 1er niveau la prise en compte des besoins de court terme (besoins actuels et des 2 ou 3 ans à venir) ,pour le second niveau la prise en compte des besoins de demain sachant que pour ce second niveau, vital pour le développement du département, le risque majeur est de sous-évaluer ces besoins .Cela étant, depuis le vote de la loi autorisant les collectivités territoriales à investir , de nombreux départements investissent sur le long terme en dizaines de millions d’euros : Sarthe (38 millions), Maine et Loire (30 millions) , Pyrénées Atlantiques (40 millions) , Moselle (83 millions ) sans compter les projets en cours dans de nombreux autres départements :Manche, Oise, Yvelines , Corse, Hérault, 3 départements du Limousin etc.….…….. Les deux études (court terme et long terme) doivent, à mon avis, être menées simultanément et respecter certains principes : -évolutivité et pérennité ; même si les besoins de très haut débit ne sont pas encore « conscientisés » , la « conscientisation » ne se faisant que progressivement avec le développement des usages (cf. fracture culturelle et faiblesse des infrastructures) , ces besoins doivent être pris en compte dés maintenant car il est évident qu’ils se manifesteront un jour ou l’autre jusque dans les plus petits villages ! .Le déploiement de moyens pour atteindre les objectifs de court terme ne doit en aucun cas pénaliser les moyens pour mettre en place les « routes numériques de l’avenir » conceptualisées sur le principe de l’évolutivité possible à tout moment, seule solution à mon point de vue pour atteindre l’objectif général fixé , à savoir permettre au département de prendre de l’avance en matière de TIC . En clair, les infrastructures à mettre en place dans les 3 ans ne sont pas de même nature que celles à mettre en place pour les 30 ans à venir ; si , pour le développement des usages actuels la stratégie de déploiement de l’Adsl et de solutions alternatives (satellite/wifi) dans les zones non adélisables suffit , ce ne sera à l’évidence pas le cas pour les besoins en très haut débit de demain pour lesquels un maillage en fibre optique du département doit être envisagé dés aujourd’hui. -intégration dans un projet global de développement quantifié et daté. -ouverture à la concurrence pour inciter les opérateurs à proposer tous leurs services aux Lozériens y compris les services « très haut débit » dont l’essentiel reste à créer ; cela étant , on commence à percevoir les prémices de ces futurs services avec, pour 30 euros par mois, l’Adsl + le téléphone gratuit dés maintenant à Mende par exemple . Le jour où tous les Lozériens voudront de la voix sur IP et de la TV en plus, il faudra du très haut débit... -cohérence de tout projet local ( communal , communauté de communes, cantonal…) avec le projet numérique départemental. -appropriation par l’ensemble de la population : le projet de développement du département et sa composante numérique doivent être, compte tenu des enjeux, largement concertés avec l’ensemble de la population. -communication soigneusement étudiée et basée , pour vendre la Lozère à l’extérieur, sur 2 idées simples : Qualité et Modernité . Fracture culturelle et fracture numérique ….deux réalités qu’il faut savoir regarder en face , deux faiblesses qu’il ne faut pas occulter par des opinions toutes faites qui cachent mal des alibis pour ne rien faire( trop cher , utopique, « soyons réalistes », expression mortelle pour toute initiative audacieuse …) Utopie et Réalisme ne doivent pas être opposés ; ce sont deux facettes d’un même projet Il faut d’abord être utopique dans la vision(ce que nous voulons faire) avant d’être réaliste dans l’action (ce que nous pouvons faire) .La vision doit toujours précéder l’action ! Il suffit de ce remémorer cette expression américaine « Thing Big …and Start small !  » Sur ce point je suis d’accord avec les américains , surtout ,quand ils ajoutent, face aux hésitations et aux atermoiements : « Just do it ! » . Les lecteurs qui auraient quelques soucis avec l’anglais peuvent, eux , se référer à une pensée plus ancienne « ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas que c’est difficile » (Sénèque)

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